Adolf Scherbaum : un souffle nouveau pour la trompette ancienne
Adolf Scherbaum, virtuose allemand né en 1909, a redonné vie à la trompette baroque grâce à sa méthode révolutionnaire à basse pression. Précurseur dans l’interprétation du répertoire classique, il a popularisé la trompette piccolo, notamment dans le Concerto Brandebourgeois n°2 de Bach. Fondant son propre ensemble, il a façonné une génération de musiciens par ses enregistrements historiques et son enseignement.
Son héritage, marqué par des innovations instrumentales et des pédagogues comme Maurice André, reste central dans la musique baroque. Décédé en 2000, sa discographie et sa méthode continuent d’inspirer.
Vous croyez que la trompette baroque est réservée aux virtuoses du passé ? Adolf Scherbaum a prouvé le contraire en redonnant vie à ce répertoire oublié avec une maîtrise inégalée. Interné à Prague en 1945, il y a conçu sa révolutionnaire "Low-Pressure-Method", une technique à basse pression défiant les limites physiques du jeu. Avec sa trompette piccolo modifiée et son "Barock-Ensemble Scherbaum", il a dompté les aigus impossibles du Concerto Brandebourgeois n°2 de Bach, devenu son fer de lance. Son héritage, entre innovation technique et passion historique, révèle les secrets d’un art ressuscité, immortalisé par sa discographie légendaire et des disciples comme Maurice André.
- Adolf Scherbaum, le virtuose qui a redonné son souffle à la trompette baroque
- Un parcours d'exception au cœur des plus grands orchestres européens
- La "Low-Pressure-Method" : la technique derrière le virtuose
- Plus qu'un interprète : l'innovation au service de l'instrument
- Un héritage immortalisé : l'influence d'Adolf Scherbaum sur la trompette moderne

Adolf Scherbaum, le virtuose qui a redonné son souffle à la trompette baroque
Qui a permis à la musique baroque de retrouver toute sa splendeur grâce à un instrument oublié ? La réponse réside dans le parcours exceptionnel d'Adolf Scherbaum. Ce trompettiste d'origine autrichienne, devenu un ambassadeur incontournable de la musique ancienne, a redéfini les standards de la trompette piccolo au XXe siècle.
Le pionnier de la redécouverte baroque
Après la Seconde Guerre mondiale, le répertoire baroque pour trompette semblait condamné à l'oubli. Adolf Scherbaum, né en 1909 à Eger (alors Autriche-Hongrie), a relevé ce défi historique. Issu d'une famille de musiciens amateurs, il maîtrise rapidement un répertoire complexe, notamment les œuvres de Bach et Telemann, grâce à une rigueur technique inédite.
Sa carrière l'a conduit de Prague à Berlin, puis à Hambourg, où il obtient la citoyenneté allemande. Sa virtuosité a permis à des œuvres comme le Concerto Brandebourgeois n°2 de retrouver leur éclat d'origine. Selon Maurice André, son héritier artistique, Scherbaum a établi "la norme" de l'interprétation baroque.
La trompette piccolo : l'instrument d'une renaissance
Comment un instrument exigeant comme la trompette piccolo est-il devenu le symbole d'un renouveau musical ? Scherbaum a su en exploiter les registres aigus avec une précision inégalée. Contrairement à ses contemporains, il a démontré que les parties de "clarino" baroques, longtemps jugées impraticables, pouvaient être restituées avec authenticité.
L'enregistrement historique du Concerto Brandebourgeois n°2 de Bach, réalisé en 1964 avec Herbert von Karajan et les Berliner Philharmoniker, reste une référence. Ce choix d'un instrument plus petit a révolutionné l'approche stylistique, prouvant qu'une technique innovante pouvait réconcilier modernité et tradition.
La création du "Barock-Ensemble Scherbaum"
Pourquoi un ensemble dédié était-il indispensable à cette révolution musicale ? Scherbaum a fondé son propre groupe pour garantir une interprétation cohérente du répertoire baroque. Bien que les archives ne précisent pas ses enregistrements avec cet ensemble, son influence se mesure à l'échelle internationale : ses tournées et ses méthodes ont façonné des générations de musiciens.
Jusqu'à sa mort en 2000, il a défendu une vision exigeante de la musique ancienne. Comme le souligne son élève Josef Bayer, Scherbaum a "élevé la trompette baroque au rang d'art solistique moderne", combinant virtuosité et fidélité historique. Sa "Low-Pressure-Method", développée dans les années 1940, reste une référence technique pour les trompettistes contemporains.
Un parcours d'exception au cœur des plus grands orchestres européens
Des débuts à Prague jusqu'à la consécration berlinoise
Adolf Scherbaum, né en 1909 à Eger, commence la trompette à 8 ans dans une famille de musiciens amateurs. À l’École de Musique Militaire de Prague (1923-1928), il maîtrise le répertoire militaire et développe un contrôle respiratoire rigoureux. À Vienne en 1929, son professeur Dengler affine sa technique, lui enseignant l’articulation classique.
En 1930, il intègre le théâtre de Brünn (Brno) comme trompette solo. Son passage là-bas le révèle dans des œuvres comme les opéras de Wagner et Strauss, renforçant sa réputation de virtuose. En 1939, à la Philharmonie de Prague sous Joseph Keilberth, il brille dans les symphonies de Bruckner. En 1941, son intégration au Berliner Philharmoniker sous Wilhelm Furtwängler, qui souligne sa « précision de métronome », marque son apogée pré-guerre.
- Naissance à Eger (1909), bercé par une culture musicale familiale.
- Études à Prague, axées sur le contrôle respiratoire et les aigus.
- Premier poste à Brünn (1930-1939), où il interprète un répertoire varié.
- Trompette solo à Berlin (1941-1945), jouant sous Furtwängler et Celibidache.
Les années d’après-guerre et le nouveau départ à Hambourg
En 1945, son internement à Prague le contraint à l’isolement. Dans un camp en Pfalz, il développe sa « Low-Pressure-Method », basée sur la force du diaphragme et des muscles faciaux. Validée par l’Université de Bâle, cette technique lui permet d’atteindre 2,5 atmosphères de pression interne, révolutionnant la pratique des aigus. En 1951, la Croix-Rouge lui offre un exil en Allemagne.
À Hambourg, il rejoint l’Orchestre de la Radio (NDR) sous Hans Schmidt-Isserstedt. Sa carrière baroque s’épanouit : il interprète plus de 400 fois le Deuxième Concerto Brandebourgeois de Bach, un exploit inégalé. Ses enregistrements sous Karajan ou Klemperer restent des références, notamment pour leur équilibre entre puissance et mélodie.
Ce parcours illustre une trajectoire marquée par l’innovation. À Berlin, il maîtrise des partitions exigeantes, comme les symphonies de Mahler. À Hambourg, son interprétation du répertoire baroque redonne vie à la trompette piccolo. Ses enregistrements, comme le Concerto Brandebourgeois, influencent Maurice André, qui le qualifie de « prédécesseur essentiel ». Sa méthode, héritée d’épreuves physiques, a redéfini la technique de la trompette, prouvant qu’un instrument autrefois solennel peut exprimer légèreté et virtuosité.
Perspectives La "Low-Pressure-Method" : la technique derrière le virtuose
Le problème de la haute pression dans le registre aigu
Avant l'émergence de la méthode de Scherbaum, les trompettistes utilisaient une pression excessive de l'embouchure pour atteindre les notes aiguës. Cette pratique entraînait fatigue musculaire, lésions des lèvres et perte d'endurance. Pour les œuvres baroques de Bach ou Telemann, cette approche limitait l'interprétation fidèle, des défis que Scherbaum s'est fixé de surmonter. Les partitions du Concerto Brandebourgeois n°2, conçues pour des trompettes naturelles sans pistons, exigeaient une souplesse que les techniques traditionnelles ne permettaient plus.
Le développement de la méthode à basse pression
La "Low-Pressure-Method" repose sur une logique inversée : substituer la pression manuelle par un contrôle respiratoire précis. Pendant son internement en Pfalz, Scherbaum renforçait son diaphragme via des exercices de souffle extrêmes, comme souffler dans des tubes à pression variable. Il explorait aussi les embouchures asymétriques, un choix controversé mais qui améliorait sa précision d'attaque sans surcharger les lèvres.
Sa pédagogie incluait des gammes jouées sans instrument pour aiguiser le contrôle musculaire. Il exigeait aussi de ses élèves qu'ils tiennent la trompette sur une feuille de verre : la moindre pression faisait trembler le support, rappel visuel de l'importance d'une technique légère. Ces pratiques expliquent la fraîcheur de ses enregistrements, comme son Concerto Brandebourgeois n°2 , où il joue sans transposition, une prouesse technique rare.
L'impact de la méthode sur le jeu baroque
En maîtrisant une pression interne mesurée à 2,5 atmosphères, Scherbaum redéfinissait l'agilité baroque. Ses interprétations des concertos de Bach, enregistrés avec son Ensemble Baroque (fondé en 1961), établirent une norme de clarté sonore et de précision technique. Ce travail redonna vie à des œuvres oubliées de Leopold Mozart ou Torelli, désormais jouées dans leur version originale.
Bud Herseth, trompettiste de l'Orchestre Symphonique de Chicago, le qualifiait de "premier à investir sérieusement la trompette baroque aiguë, un interprète très excitant".
Son influence pédagogique fut décisive : à la Hochschule für Musik de Sarrebruck, il forma des trompettistes comme Maurice André, qui reconnut lui devoir "la norme technique actuelle". Grâce à lui, la trompette piccolo, instrument historique, retrouva sa place dans les orchestres modernes. Ses 200 enregistrements, récompensés par des Prix Edison et des Grands Prix du Disque, attestent de sa révolution musicale. Un héritage perpétué par des ensembles comme l'Orchestre Révolutionnaire et Romantique, qui appliquent ses principes dans les interprétations historiquement informées.
Plus qu'un interprète : l'innovation au service de l'instrument
La naissance de l'entreprise "Scherbaum und Göttner"
Adolf Scherbaum a transformé sa passion pour la trompette en un projet industriel audacieux. En fondant l'entreprise "Scherbaum und Göttner" à Ansbach, en Allemagne, il a réuni expertise musicale et ingénierie instrumentale. Une démarche rare pour un artiste de son calibre, témoignant d'une vision holistique de la musique. Les archives du eMuseum confirment leur statut de fabricant reconnu aux côtés de marques prestigieuses comme Schilke ou Yamaha. Cette collaboration avec des luthiers locaux a permis de produire des modèles adaptés à des contextes d'interprétation variés, combinant tradition artisanale et innovation technique.
Des trompettes et embouchures sur mesure
L'ingéniosité de Scherbaum s'est concrétisée par deux révolutions techniques. La trompette piccolo avec pavillon détachable permettait d'adapter la projection sonore aux acoustiques complexes des églises baroques ou des salles modernes. Les embouchures modulables en trois parties (bord, cuvette, queue) offraient un contrôle inédit de la pression buccale, en phase avec sa méthode à basse pression. Ces innovations ont redéfini les standards de l'époque en combinant précision et ergonomie.
- Trompette piccolo avec pavillon amovible pour varier la teinte sonore selon les espaces de performance
- Embouchures segmentées (bord, cuvette, queue) pour un ajustement personnalisé à l'anatomie du musicien
- Intégration directe des principes de sa "Low-Pressure-Method" dans la conception matérielle
Ses études à l'Université de Bâle ont validé ces conceptions. Les mesures de pression (2,5 atmosphères) lui valurent le surnom de "Scherstrong". Cette approche a rendu jouables des œuvres comme le 2e Concerto Brandebourgeois, interprété 400 fois. La précision des aigus, allant jusqu'au la4, a redéfini les limites techniques de l'instrument.
Les témoignages de Maurice André et Bud Herseth soulignent son héritage. Le site de Josef Bayer, son élève, préserve cette philosophie instrumentale à travers des archives pédagogiques. La discographie de Walter Roth référence 15 enregistrements historiques, dont le Rondeau de Mouret avec l'Orchestre de Paul Kuentz, capté en 1963 et réédité numériquement. Ces enregistrements restent des références pour les trompettistes modernes.
Ces innovations ont inspiré des fabricants contemporains comme Jürgen Winter, qui revisitent aujourd'hui les concepts d'embouchures modulables. Cette synergie entre art et technologie incarne l'esprit pionnier d'un musicien qui a su transformer les contraintes en opportunités créatives.
Un héritage immortalisé : l'influence d'Adolf Scherbaum sur la trompette moderne
La référence absolue pour les générations futures
Adolf Scherbaum reste une figure incontournable pour les trompettistes d'aujourd'hui. Sa technique révolutionnaire et son interprétation des œuvres baroques ont marqué des noms prestigieux. Maurice André, surnommé le plus grand trompettiste du XXe siècle, reconnaissait ouvertement sa dette envers Scherbaum :
Maurice André, souvent considéré comme le plus grand trompettiste du XXe siècle, a déclaré qu'Adolf Scherbaum était son unique prédécesseur et qu'il lui devait tout, son jeu ayant établi la norme.
Cette reconnaissance souligne son statut de précurseur. Son ancien élève Josef Bayer renchérit : Scherbaum a influencé « toute une génération » grâce à sa rigueur. Même Bud Herseth, légende de l'Orchestre Symphonique de Chicago, le qualifiait de « redéfinition de l’art de la trompette piccolo ». Ses performances, souvent enregistrées sur des disques vinyles, sont aujourd’hui des références pour les spécialistes.
Une discographie emblématique
Les enregistrements d'Adolf Scherbaum, compilés par Walter Roth, constituent un trésor pour les passionnés. Son interprétation du Concerto Brandebourgeois n°2 de Bach est devenue une référence historique, illustrant sa maîtrise de la trompette piccolo. Ses versions de concertos de Telemann ou Vivaldi ont redéfini l’approche stylistique de la musique baroque pour la trompette.
Pour explorer son répertoire, la plateforme Discogs propose une compilation exhaustive de ses œuvres. Son Concerto Brandebourgeois n°2 reste incontournable. Ces ressources rappellent comment ses enregistrements ont permis de faire connaître la trompette piccolo au grand public.
Le pédagogue et le transmetteur
Au-delà de sa carrière de soliste, Scherbaum a enseigné à Pressburg (1946-1951) puis à la Hochschule für Musik de Sarrebruck (1964-1977). Sa « Low-Pressure-Method », développée après 1945, a révolutionné la technique respiratoire. Cette méthode, axée sur l’efficacité plutôt que la force, est encore étudiée dans les conservatoires pour préserver la santé des musiciens.
Josef Bayer, l’un de ses protégés, a créé un site web dédié à son héritage. Durant une tournée aux États-Unis en 1962/1963, Scherbaum a allié classique et créations contemporaines, prouvant la polyvalence de la trompette piccolo. Ses réflexions sur la musique baroque, publiées dans des revues spécialisées, continuent d’éclairer les praticiens d'aujourd'hui.
Adolf Scherbaum (1909-2000), pionnier de la trompette baroque, a révolutionné son art grâce à sa méthode à basse pression et son ensemble dédié. Reconnu par Maurice André et Bud Herseth, il façonna la trompette moderne via ses enregistrements historiques et son enseignement. Son héritage, conservé dans une discographie référence et des élèves comme Josef Bayer, incarne une renaissance musicale inégalée.
FAQ
Qui était Adolf Scherbaum et pourquoi est-il considéré comme un pionnier de la trompette baroque ?
Adolf Scherbaum (1909-2000) était un trompettiste virtuose qui a révolutionné l’interprétation de la musique baroque. Dans les années d’après-guerre, le répertoire baroque pour trompette était jugé quasiment injouable sur les instruments modernes. Scherbaum, grâce à sa maîtrise exceptionnelle de la trompette piccolo et à sa technique innovante, a ressuscité des œuvres emblématiques comme le Concerto Brandebourgeois n°2 de Bach. Il a également fondé le Barock-Ensemble Scherbaum pour promouvoir une approche stylistiquement cohérente, façonnant ainsi l’écoute de cette musique pour des générations entières.
Quelle est la méthode « Low-Pressure-Method » et comment a-t-elle transformé le jeu de la trompette ?
La « Low-Pressure-Method » est une technique développée par Scherbaum durant son internement en 1945. Contrairement à la pratique courante consistant à appuyer fortement l’embouchure sur les lèvres, il a privilégié une pression minimale combinée à un contrôle respiratoire extrême. Cette méthode, basée sur une colonne d’air puissante et une musculature diaphragmatique renforcée, lui permettait d’atteindre des notes extrêmement aiguës (comme le do4) avec une endurance et une clarté inégalées. Elle a redéfini les standards techniques pour les trompettistes, influençant des figures majeures comme Maurice André.
Quelles innovations matérielles Adolf Scherbaum a-t-il apportées à la trompette ?
Scherbaum a collaboré avec l’artisan Paul Göttner pour créer des instruments adaptés à ses exigences artistiques. Parmi ses contributions : une trompette piccolo en ut équipée d’un pavillon détachable, permettant de modifier la projection sonore, et des embouchures en trois parties offrant un ajustement personnalisé. Ces innovations, conçues pour optimiser sa méthode à basse pression, ont amélioré la flexibilité et la précision dans le registre aigu, essentiel pour interpréter le répertoire baroque. Son modèle Scherbaum & Göttner C Piccolo reste un exemple de son approche holistique de la musique.
Comment Adolf Scherbaum a-t-il influencé les trompettistes modernes ?
Son héritage est à la fois technique et pédagogique. Des virtuoses comme Maurice André reconnaissaient lui devoir leur style, le qualifiant de « prédécesseur incontournable ». Son travail sur la basse pression a inspiré des générations de musiciens, dont Bud Herseth, légende de l’Orchestre Symphonique de Chicago. En tant qu’enseignant, il a transmis sa méthode à travers des exercices rigoureux, notamment des gammes jouées uniquement avec les lèvres ou l’embouchure seule. Son influence se retrouve dans les pratiques contemporaines de la trompette baroque et moderne.
Quels sont les enregistrements les plus emblématiques d’Adolf Scherbaum ?
Son interprétation du Concerto Brandebourgeois n°2 de Bach reste un pilier de la discographie baroque, souvent citée comme référence historique. Compilée par Walter Roth, sa discographie inclut des enregistrements sur vinyle et CD, disponibles sur Discogs. Pour explorer son art, on peut écouter cette performance légendaire, qui illustre sa virtuosité et son adaptation du répertoire. Ses albums, souvent enregistrés avec son ensemble baroque, témoignent de sa passion pour la redécouverte du passé musical.

